Vous venez de créer votre micro-entreprise et vous vous demandez ce qui va vous être prélevé chaque mois ou chaque trimestre. C'est une question légitime : la première année, entre les démarches, les premières factures et la découverte du statut, difficile d'y voir clair. Le régime de la micro-entreprise est conçu pour être simple, mais il ne signifie pas zéro charge. Voici ce que vous devez réellement prévoir, taux par taux, et comment profiter des allègements possibles.
Les cotisations sociales : le prélèvement principal
Le principe est simple : vous ne payez des cotisations sociales que sur le chiffre d'affaires que vous encaissez et déclarez. Pas de chiffre d'affaires, pas de cotisations. Mais attention, la déclaration reste obligatoire, même à zéro. Ces cotisations financent votre protection sociale : assurance maladie, indemnités journalières, retraite de base et complémentaire, allocations familiales, invalidité-décès, ainsi que la CSG et la CRDS.

Le taux appliqué varie fortement selon votre activité. Le voici pour 2026 :
| Type d'activité | Taux de cotisations sociales (2026) |
|---|---|
| Achat/revente de marchandises (BIC) | 12,30 % |
| Prestations de services commerciales et artisanales (BIC) | 21,20 % |
| Autres prestations de services (BNC) – régime général | 25,60 % |
| Professions libérales réglementées (Cipav) | 23,20 % |
| Location de meublés de tourisme classés | 6,00 % |
Un point important : si vous êtes dans les départements et régions d'outre-mer (hors Mayotte), vous bénéficiez d'un taux réduit pendant trois ans. Renseignez-vous auprès de l'Urssaf pour connaître le taux exact applicable à votre situation.
L'ACRE : une vraie bouffée d'oxygène la première année
L'Aide à la Création et à la Reprise d'Entreprise (ACRE) est le dispositif clé pour alléger vos charges la première année. Concrètement, elle vous permet une exonération partielle de 25 % sur vos cotisations sociales (taux 2026) pendant les quatre premiers trimestres civils suivant la création de votre activité. C'est une réduction automatique du montant que vous devez à l'Urssaf, sous réserve d'être éligible.
Pour en bénéficier, vous devez en faire la demande lors de votre déclaration de début d'activité. Tous les micro-entrepreneurs peuvent y prétendre, à condition de ne pas avoir déjà bénéficié de l'ACRE dans les trois années précédentes. Cela représente une économie non négligeable : par exemple, un prestataire de services (BNC) qui facture 20 000 € la première année verra ses cotisations passer de 5 120 € à 3 840 € environ.
Les autres charges obligatoires : CFP, CFE, taxes consulaires
Les cotisations sociales ne sont pas les seules charges. Vous devez aussi prévoir :

- La contribution à la formation professionnelle (CFP) : un petit pourcentage de votre chiffre d'affaires, qui varie de 0,1 % (vente de marchandises) à 0,3 % (prestations de services BIC). C'est une contribution obligatoire, même si vous n'avez jamais recours à la formation.
- La cotisation foncière des entreprises (CFE) : bonne nouvelle, vous êtes exonéré de CFE la première année. Elle ne sera due qu'à partir de la deuxième année d'activité, et son montant dépend de votre commune et de votre chiffre d'affaires.
- Les taxes consulaires : si vous êtes commerçant ou artisan et que votre chiffre d'affaires dépasse 5 000 €, vous devrez payer une taxe pour la Chambre de Commerce et d'Industrie (CCI) ou la Chambre des Métiers et de l'Artisanat (CMA). Le taux est très faible (entre 0,015 % et 0,48 %), mais il faut le savoir.
Versement libératoire : payer l'impôt en même temps que les charges
Vous pouvez opter pour le versement libératoire de l'impôt sur le revenu. Ce dispositif vous permet de payer votre impôt en même temps que vos cotisations sociales, directement à l'Urssaf. Concrètement, un taux spécifique s'ajoute à vos cotisations : par exemple, 1 % pour la vente de marchandises, 1,7 % pour les prestations de services BIC, 2,2 % pour les BNC.
L'avantage : vous n'avez plus d'impôt à régler l'année suivante sur votre déclaration de revenus. L'inconvénient : vos prélèvements mensuels ou trimestriels augmentent légèrement. Ce choix est intéressant si votre revenu est stable et que vous souhaitez éviter une régularisation surprise. Mais attention, il est soumis à des conditions de ressources (votre revenu fiscal de référence ne doit pas dépasser un certain seuil).
Les charges que vous ne pouvez pas déduire
C'est une particularité souvent mal comprise : en micro-entreprise, vous ne pouvez pas déduire vos charges professionnelles de votre chiffre d'affaires. Vos cotisations, contributions et impôts sont calculés sur le montant total de vos recettes, sans tenir compte de vos dépenses (achat de matériel, abonnements, loyer, etc.).
Exemple : vous facturez 1 000 € et vous avez dépensé 200 € en fournitures. L'Urssaf calcule ses cotisations sur 1 000 €, pas sur 800 €. Cela signifie que votre marge réelle est plus faible qu'il n'y paraît. Prévoyez donc une trésorerie suffisante pour couvrir à la fois vos charges sociales et vos frais professionnels, sans vous retrouver à découvert.
Ce qu'il faut retenir pour votre budget la première année
La première année est celle où vous paierez le moins de charges. Grâce à l'ACRE et à l'exonération de CFE, le total des prélèvements obligatoires est réduit. Mais ne vous y trompez pas : une fois cette période passée, les taux normaux s'appliquent et la CFE s'ajoute. Pour ne pas être pris au dépourvu, constituez dès le départ une épargne de précaution, par exemple en mettant de côté 20 à 25 % de chaque encaissement. Cela vous permettra d'aborder sereinement la deuxième année, quand les charges seront plus lourdes.
Un dernier conseil : tenez un suivi rigoureux de vos déclarations et de vos paiements. Même si le régime est simplifié, une erreur de déclaration ou un oubli peut entraîner des pénalités. Utilisez un outil de comptabilité adapté à la micro-entreprise, ou à défaut un simple tableur, pour savoir exactement où vous en êtes à tout moment.
