Les chauves-souris françaises ont perdu la moitié de leurs effectifs entre 2006 et 2013, d'après l'Observatoire Français de la Biodiversité. La destruction de leurs gîtes naturels — vieux arbres creux, combles, fissures de ponts — est l'une des causes principales de cette chute. Installer un nichoir ne remplace pas une grotte ou un grenier, mais cela offre un abri de substitution à des espèces qui manquent cruellement de cavités. C'est une action concrète, à hauteur de jardin, pour soutenir des colonies locales, à condition de respecter quelques règles précises.
Il faut aussi savoir que le nichoir ne convient pas à toutes les espèces. Les Pipistrelles, les Noctules, certains Murins et parfois la Barbastelle sont les visiteurs les plus probables. Les espèces très spécialisées, qui exigent des cavités vastes ou des conditions thermiques très particulières, ne coloniseront jamais une boîte de 40 cm de haut. Le nichoir est donc une aide ciblée, pas une solution universelle.

Quelles espèces peut-on espérer attirer avec un nichoir ?
Les pipistrelles communes sont les locataires les plus fréquents des gîtes artificiels, surtout en milieu urbain et périurbain. Les noctules, plus grandes, peuvent s'installer dans des modèles spacieux fixés en hauteur sur des bâtiments. Certains murins (de Daubenton, à moustaches) acceptent aussi les nichoirs, surtout s'ils sont placés près de l'eau ou en lisière de forêt.
Attention aux attentes : les chauves-souris changent régulièrement de gîte selon la saison, la température extérieure et leur cycle biologique. Un nichoir peut rester vide plusieurs mois, puis être occupé quelques semaines, puis de nouveau délaissé. Ce comportement est normal. La meilleure stratégie consiste à proposer plusieurs nichoirs, à des hauteurs, des expositions et dans des matériaux différents, pour offrir un choix suffisant. La patience est le premier outil du poseur.
Les règles d'or pour fabriquer un nichoir efficace
Le bois est le matériau de base. Il doit être brut, non traité et non poncé, car les chauves-souris s'accrochent aux surfaces rugueuses avec leurs griffes. Un bois lisse les empêche de se maintenir et rend le nichoir inutilisable. Le sapin, le peuplier, l'aulne, le chêne ou le châtaignier conviennent bien. L'épaisseur minimale des planches est de 1 cm, mais 2 cm offrent une bien meilleure isolation thermique, un facteur déterminant pour les colonies.
Les rainures horizontales ne sont pas obligatoires, mais elles facilitent le déplacement des animaux à l'intérieur. Si vous en faites, espacez-les d'environ 2 cm sur la face intérieure du fond. L'étanchéité est tout aussi importante qu'une bonne isolation : un nichoir humide ne sera jamais fréquenté. Le toit doit être pentu et recouvert d'une bande de toile goudronnée, fixée sur les côtés et non sur le dessus, pour éviter que l'eau ne s'infiltre par les agrafes.
Les étapes d'assemblage d'un nichoir simple
- Découpez un fond (environ 30 x 30 cm), une façade plus petite (environ 30 x 25 cm), deux montants latéraux et un toit.
- Clouez les montants sur le fond, en plantant les clous depuis l'extérieur du fond pour ne pas fendre les tasseaux.
- Fixez la façade sur les montants en ajustant bien le haut, au niveau du toit, pour éviter toute fente.
- Clouez le toit dans chaque coin, en traversant la façade et le fond.
- Bouchez les interstices restants avec de l'argile, de la terre, de la mousse ou des copeaux de bois enfoncés au tournevis.
- Agrafez une bande de toile goudronnée sur les côtés du toit pour assurer l'étanchéité.
Pour la fixation, utilisez de préférence des vis galvanisées plutôt que des clous, plus résistantes dans le temps. Si vous installez le nichoir sur un arbre, ne plantez jamais de clous dans le tronc. Entourez le tronc avec du fil de fer, en intercalant des morceaux de bois mort entre le fil et l'écorce pour ne pas la blesser.
Où et quand installer le nichoir : les critères qui changent tout
L'emplacement est plus décisif que le modèle du nichoir. Les chauves-souris recherchent la chaleur pour élever leurs petits. Le nichoir doit donc être exposé au sud, au sud-est ou à l'ouest, pour capter un maximum d'ensoleillement, idéalement 8 à 10 heures par jour. Évitez les zones ombragées : les branches d'un arbre font de l'ombre, réduisent la température intérieure et gênent le vol des animaux. Un mur de bâtiment ou un poteau dégagé est préférable à un tronc.
La hauteur minimale est de 2 à 3 mètres, toujours au-dessus du vide, pour que les prédateurs (chats, fouines, rapaces) ne puissent pas atteindre l'entrée. La zone sous le nichoir doit être dégagée pour faciliter les allers-retours des chauves-souris à l'approche et à la sortie. Évitez aussi tout éclairage puissant à proximité : les chauves-souris fuient la lumière.
Le moment de la pose compte aussi. La fin de l'hiver, quand les chauves-souris sortent d'hibernation et cherchent un gîte de transition, est la période idéale. Dans les régions froides, le début du printemps, avant la mise bas, ou la fin de l'été pour l'année suivante, sont les créneaux recommandés.

Les supports possibles, du plus au moins efficace
| Support | Avantages | Limites |
|---|---|---|
| Bâtiment (mur, pignon) | Température stable, bonne exposition possible, repérage facile par les chauves-souris | Fixation à prévoir selon le matériau du mur |
| Poteau (bois ou métal) | Exposition au soleil optimale, zone d'approche dégagée, protection contre les prédateurs | Stabilité à vérifier selon le vent |
| Arbre en lisière ou en clairière | Intégration naturelle, proximité des zones de chasse | Ombre portée, obstacles au vol, repérage plus difficile, risque d'humidité |
Les erreurs fréquentes qui condamnent un nichoir à rester vide
La première erreur est d'utiliser du bois traité ou poncé. Les produits chimiques de traitement sont toxiques pour les chauves-souris, et une surface lisse les empêche de s'accrocher. Un nichoir impeccable, joliment verni, sera systématiquement ignoré. Il faut accepter l'aspect brut du bois, même s'il grise avec le temps.
La deuxième erreur, c'est de négliger l'étanchéité. Un toit mal ajusté, des fentes entre les planches, une toile goudronnée mal posée : l'eau s'infiltre, l'humidité s'installe, et les chauves-souris désertent. Vérifiez les joints et bouchez les moindres interstices avant la pose.
La troisième erreur est de placer le nichoir dans un endroit trop ombragé ou trop bas. Moins de 2 mètres de hauteur, c'est l'assurance d'une visite de chat. Un emplacement au nord, c'est l'assurance d'un gîte froid et humide, inutilisable pour une colonie. Les chauves-souris ont besoin de chaleur pour leurs petits : un nichoir mal exposé restera vide.
Enfin, la quatrième erreur est le dérangement. Ouvrir le nichoir en pleine journée, vérifier les occupants, déplacer la colonie : tout cela provoque l'abandon du gîte. Si des chauves-souris s'installent, laissez-les tranquilles. Vous pouvez observer les sorties au crépuscule, à distance, et compter les individus qui s'envolent, mais ne touchez jamais au nichoir en période d'occupation.
Combien de temps faut-il attendre avant de voir des résultats ?
Le taux d'occupation des nichoirs à chauves-souris est variable, et il est important de le savoir avant de se lancer. Certains nichoirs sont colonisés dès la première année, d'autres restent vides plusieurs années, d'autres encore ne seront jamais utilisés. Les chauves-souris ont des exigences précises en matière de température, d'humidité et de sécurité, et elles testent plusieurs gîtes avant de s'installer durablement.
Si après deux ans votre nichoir n'a reçu aucun visiteur, changez-le de place. Une exposition différente, une hauteur modifiée ou un support plus dégagé peuvent tout changer. Proposer plusieurs nichoirs à des endroits différents reste la meilleure stratégie : chaque colonie a ses préférences, et seule la diversité des propositions permet d'y répondre.
Une dernière précision : le nichoir n'est pas une solution pour faire fuir des chauves-souris installées dans votre maison. Si des animaux occupent vos combles, installer un dortoir ailleurs ne les fera pas déménager. Il faut d'abord leur offrir une alternative, puis condamner les accès après leur départ, idéalement à l'automne. Le nichoir devient alors une compensation utile, mais il ne remplace pas une exclusion réalisée dans les règles.
Installer un nichoir à chauves-souris, c'est accepter de ne pas contrôler le résultat. On pose, on observe, on ajuste, et on attend. Le succès n'est jamais garanti, mais chaque nichoir occupé est une petite victoire pour une espèce qui en a bien besoin. Commencez par un seul modèle, bien construit, bien exposé, et notez ce que vous observez en sortie de gîte. C'est le meilleur moyen d'apprendre et d'adapter vos prochaines installations.
